Transat retour (7)

Mardi 19 juin – 384 miles d’Horta (157m/24h)
Ça y est, la dépression est passée au dessus de nous. Il y a eu beaucoup de vent en première partie de nuit (30 nœuds, 3 ris). Il est maintenant tombé et nous naviguons dans 10 nœuds, le vent va sans doute rester modéré sur la fin de la transat, plus de dépression en vue, juste un peu de vent régulier généré par l’anticyclone des Açores.
Côté électricité, on est au top avec les nouvelles batteries. Même si seuls 2 des 3 panneaux solaires fonctionnent, j’arrive à l’équilibre énergétique quand il fait beau. Depuis 4 ou 5 jours, Le solaire produisait autant que je consommais et je n’avais pas eu besoin de faire tourner le moteur jusqu’à aujourd’hui (les nuages de traîne vont m’y contraindre ce matin).
Dans le chapitre « divers », ce matin, j’ai enfin réussi à battre l’ordinateur au GO (avec 3 pierres de handicap), je progresse !
A 14h, bad news, panne de vent ! Je ne vais plus avoir grand chose jusqu’à l’arrivée. On arrive finalement dans les conditions anticycloniques chères à Marc…. Heureusement, je n’ai consommé que très peu de gasoil, j’ai de quoi finir au moteur…. Pour l’instant je navigue à la voile à 5 nœuds mais, d’après mon dernier fichier météo, cela ne va pas durer.

Mercredi 20 juin – 243 miles d’Horta (141m/24h)
Risée diesel depuis hier soir 18h – 5 ou 6 nœuds de vent venant de l’arrière actuellement, autant dire que l’on va rester au moteur pour l’instant. A midi, il reste 243 miles et j’ai environ 238 miles de gasoil dans le réservoir (95l) d’après des estimations à grosse maille … Bon, j’ai aussi un bidon de 20l en sécurité que je pourrai utiliser tout près du but. Le temps me semble un peu long, lecture, séries TV, lecture, ….
Par moment, le vent monte un peu, je fais un peu de voile : 4 ou 5 heures environ dans la journée, à 4 nœuds de vitesse..

Jeudi 21 juin – 38°03’N 31°19’O – 123 miles d’Horta (120 miles sur 24h)
Navigation à la voile cette nuit, à 3 ou 4 nœuds au maximum, pour économiser le gasoil et bien dormir.
Nous sommes à 2450 miles de Nassau, que de chemin parcouru ! Je pense arriver demain matin après cette grande balade en solitaire. J’ai l’impression d’avoir plus appris sur la voile et la mer durant ces 3 semaines que pendant toute notre année de navigation. Un an que l’on avait oublié le « passage de dépression » (pas méchantes, heureusement) que ce retour m’a permis de bien réviser. La météo idyllique cubaine n’était pas non plus un bon entraînement pour ce retour sur l’Atlantique, il m’avait un peu fait oublier la vraie mer…
Naviguer en solitaire est quand même bien plus difficile que de naviguer avec un équipage expérimenté (Aline et Maël principalement), je l’avais oublié avant de partir et j’en ai bien repris conscience durant la traversée. Et oui, même si la fin s’est bien passée, la navigation n’aura pas toujours été simple. Après la mauvaise idée de partir avec des batteries non fiables, j’ai commencé par me faire une grosse frayeur avec un méchant grain tropical non anticipé qui a tué mon génois (grosse erreur de ma part). Puis, il y a une semaine, j’ai fait une bêtise que je peux avouer maintenant : une belle cocotte récupérée avec spi dans l’eau et déchiré…En pleine soudure de panneau solaire (sous spi, et oui), j’ai voulu abattre pour avoir moins de vent relatif en oubliant que l’asymétrique, trop abattu, ça cocottait…. Résultat, une belle frayeur, une grosse couture de plus sur le spi et je fais du moteur quand je pourrais être à la voile…. En équipage, ça ne serait pas arrivé car quelqu’un aurait géré la navigation pendant que je soudais ; un solitaire plus expérimenté ou plus réfléchi n’aurait pas eu le problème non plus….
Voilà, je suis super content de tout ce que j’ai appris, heureux de visiter les Açores et j’ai hâte de terminer la boucle (1250 miles, ~9 jours) avec Aline, Maël et mon super copain Jérôme qui nous rejoint en juillet !
Note pour la famille : j’étais bien harnaché tout le temps qu’à duré la récupération du spi, 0 risque pour moi, juste une belle frayeur et une très très grosse frustration. Arrivée prévue à Horta vers 10h demain matin, j’aurai assez de gasoil.

staticmap?center=38.0300,-31.1900&zoom=4&size=700x300&maptype=satellite&markers=color:red%7Clabel:C%7C38.0300,-31.1900&key=AIzaSyC68w1y0Fjwtvb20r_M1PY1AhASpQySRoA 18 juin 2018

Transat retour (6)

Samedi 16 juin – 35°18’N 46°23’O – 877 miles d’Horta (173 miles sur 24h – record) Nouveau record de vitesse sur 24h, ça marche bien !
La question de la matinée: il y a pas mal de vent, un peu plus de nord ou un peu moins ?
Si je monte vite (cap au 58 par ex.), je vais avoir plus de vent, ça fera trop à court terme mais je serai mieux placé pour aborder l’anticyclone des Açores, j’aurai un meilleur angle et un peu plus d’air. Si je monte moins (cap au 72), je vais limiter le vent à court terme, ce qui est bien mais je serai moins bien placé pour aborder l’anticyclone et pour le bord final.
Il y a aussi un front froid qui est à moins de 36h, il ne faut pas aller trop au nord et préciser sa trajectoire…
Après de savants calculs pour optimiser la taille du fichier météo, sachant que l’actuel a déjà 3 jours, je vais télécharger un nouveau fichier à 14h (qui soit plus récent, plus précis mais pas trop gros quand même au vu du prix de la com. Satellite, même s’il me reste encore 59 minutes à consommer).
A midi, ça souffle assez fort : 24 nœuds, des pointes à 27. Cet après-midi, choisirai ma route en fonction de ce fichier.
Sinon, ce matin, j’ai regardé « all is lost », tout n’est pas crédible et un aspect m’interpelle : il est vachement calme et posé dans les situations difficiles, à retenir….
Avec les fichiers météo, je reçois un peu mot de nos amis de Bagatelle qui quittent New York ce jour et que l’on retrouvera aux Açores. Une pensée pour eux ainsi qu’une bonne et prudente traversée ! (leur blog dans les bateaux-copains, très beau voyage). Pas de nouvelle mais Belor’ch devrait être sur le départ des Bahamas aussi….
D’après les fichiers et comme je m’en rends bien compte sur place, le vent est plus fort que prévu il y a 3 jours. Il me faut donc mettre de l’Est dans ma route pour calmer le jeu. Rien de bien méchant mais je préfère éviter de tirer sur le bateau et sur le bonhomme, on reprendra une route plus au nord dans 2 jours environ. La bonne nouvelle est que je devrais échapper à la pluie et au passage du front (ils seront dans mon nord).

Dimanche 17 juin – 692 miles d’Horta (185 miles en 24h – record)
Pas mal de vent cette nuit, j’ai pris le 3ième ris dans la grand voile hier soir, je suis rarement à moins de 8 nœuds de vitesse. Je ne pensais pas faire plus de 180 miles sur 24 heures avec Callinago…. Enfin, tout cela devrait se calmer dans les prochaines heures au fur et à mesure que je rentre dans l’anticyclone. Il est possible que les derniers miles vers Horta se fassent au moteur, à suivre. D’ici là, plus trop de choix à faire, on est quasiment route directe maintenant.
J’ai croisé mon premier voilier depuis le départ, « Anna Lena », un catamaran Autrichien qui fait quasiment la même route que moi, on s’est suivi toute la nuit et il n’est pas loin, juste 4 miles derrière. On a un peu parlé à la VHF mais il était tard, l’envie de dormir était la plus forte.
Une autre présence se matérialise tous les jours, car j’ai un petit cadeau de mes enfants. Ils m’ont laissé une boite avec plein de choses dedans. Il s’agit souvent de très beaux dessins avec des petits mots sympas. Hier, surprise, j’ai eu un paquet de M&M’s, il n’y avait pas de dessin mais c’est bien chouette quand même:-).

Lundi 18 juin – 37°05’N 39°49’O – 541 miles d’Horta à midi (151m/24h)
Toujours du vent ce matin, et du beau temps. La dépression approche, le vent tourne à droite et je vois les Cirrus et autres Altostratus dans mon NO. Je commence à penser à l’atterrissage… Si tout se passe comme prévu, si on marche bien, je jetterai la pioche dans la nuit de jeudi à vendredi dans le port d’Horta. Mouiller de nuit n’est pas l’idéal mais bon, l’endroit à l’air grand et est sans doute éclairé (il y aura aussi un peu de Lune). D’ici là, le vent sera peut-être tombé un peu plus et l’arrivée ne sera qu’au matin.
RAS à bord, je continue l’étude de la météo, les films, les bouquins et le GO pour m’occuper. J’ai un peu hâte d’arriver. Je terminerai bientôt le frais, il ne me reste plus de bananes mais encore quelques tomates, carottes et pommes. Globalement, je ne mange pas trop mal depuis le début:-).

staticmap?center=37.0500,-39.4900&zoom=4&size=700x300&maptype=satellite&markers=color:red%7Clabel:C%7C37.0500,-39.4900&key=AIzaSyC68w1y0Fjwtvb20r_M1PY1AhASpQySRoA 18 juin 2018

Transat retour (5)

Mercredi 13 juin – 32°50’N 54°22’O – 1299 miles d’Horta (156m sur 24h) – 1292 miles de Nassau
Le front froid est passé au dessus de moi à 4h30, ça ne m’a pas réveillé….. Les rafales n’ont pas été violentes (26 nœuds pour 19 nœuds de vent établi), le bateau à tourné de 80° vers le sud (le pilote était « au vent », il barre pour garder l’angle constant avec le vent) et je ne m’en suis aperçu qu’à presque 6h, à mon réveil…. Empannage et hop, c’est reparti dans le bon sens, reste à voir si on pourra continuer dans du vent d’ouest (cf. option météo). En tous cas, c’est bien comme dans les livres, il pleut à verse.
Ce midi, on est à la mi-parcours ! On a parcouru, Callinago et moi, 1300 miles depuis Nassau, Bahamas et il nous en reste 1300 pour arriver à Horta, Açores.
Je viens de reprendre la météo, je vais traverser une zone de calmes durant un ou 2 jours avec des vents du nord qui vont progressivement tourner à l’ouest. Ce matin, comme prévu après le front, le vent s’établit au Nord nord est, dans mon nez… D’un côté, Dominic me proposait de virer de bord (passer tribord amure) puis de faire du nord pour sortir vite du front et des nuages, de l’autre mes nouveaux fichiers météo m’indiquent que je devrais retrouver plus vite des vents portants, de SW, si je fonce vers l’ESE (bâbord amure donc). Dilemme…. Dominic me voit aussi plus rapide que je ne suis, sa prévision date de 5 jours, j’ai 150 miles de retard sur son point prévu pour ce mercredi midi. Ces derniers éléments me poussent à rester sur ma logique « plein Est et vents portants ». Je ne suis donc pas sa proposition, l’avenir me dira si c’était le bon choix….

Jeudi 14 juin – 1159 miles d’Horta (140m sur 24h)
Depuis avant-hier, nous croisons plus de cargos (3), on doit être sur une route commerciale, ils vont tous d’Europe vers l’Amérique centrale ou la Floride. Jusqu’ici, ça avait été désertique. Heureusement l’AIS veille (le plus proche est passé à 3 miles, soit 5 à 6 kilomètres).
Au niveau navigation, ça reste un peu compliqué, il a fallu manœuvrer et faire du près (vent venant du nord) la nuit dernière et aujourd’hui, 8 nœuds pleins cul, je fais du moteur… A midi, je retrouve le vent de Sud Ouest, je pense que la transition est maintenant terminée et que je retourne dans un bon régime pour un certain temps,. C’est bien le cas mais le vent n’augmente pas… J’ai deux options pour cette nuit, monter au nord ou faire de l’est. Le nord a ma préférence, je devrais récupérer plus de vent….
Question vie à bord, il fait beau, c’est plus agréable, je lis pas mal, j’étudie la météo, je regarde des films en VO. Un autre truc qui m’occupe aussi, ce sont les podcasts de « la tête au carré » et « 2000 ans d’histoire ». Pour finir, je fais une partie de GO chaque jour contre l’ordinateur et, pour l’instant, je perds à chaque fois….

Vendredi 15 juin – 34°01′ 49°36’O – 1050 miles d’Horta (109m sur 24h)
Finalement, la transition, le vent mou, aura duré quasiment toute la nuit et je n’ai pas beaucoup progressé. Ce manque de vent incite à gamberger et pousse à pas mal de manœuvres…. Je me suis entêté à avancer jusqu’à 1 heure du matin, heure à laquelle, vaincu, je suis allé dormir avec juste une petite voile à l’avant (la trinquette) pour préserver mon génois de battement intempestifs.
Je suis réveillé à 6h par le vent qui est monté. Il est temps de ré-établir les voiles et de repartir plein gaz vers le Nord est. A midi, le vent est bien installé (plus de 20 nœuds) et on file à bonne vitesse vers les Açores. La transition est bien terminée, la prochaine dépression nous rejoindra sans doute entre samedi et dimanche (apparition de la pluie).

staticmap?center=34.0100,-49.3600&zoom=4&size=700x300&maptype=satellite&markers=color:red%7Clabel:C%7C34.0100,-49.3600&key=AIzaSyC68w1y0Fjwtvb20r_M1PY1AhASpQySRoA 15 juin 2018

Transat retour (4)

Dimanche 10 Juin – 32°23’N 64°18’O – 1655 miles de Flores (20 miles sur 24h)
Dernière coutures de sécurité sur le génois, météo prise, clearance obtenue aux douanes et c’est reparti. Il est 9 heures quand je quitte le port, la journée devrait être calme avec peut-être quelques averses et éclairs.
Tous les voyants sont au vert, le génois semble ok, les batteries sont chargées et j’ai optimisé plusieurs manœuvres pour le solo (je peux tout faire du cockpit sans aller à l’avant maintenant). ….
La question du matin: to spi or not to spi ? (occasion de tester l’envoi et l’affalage de l’intérieur) …. Lire la suite

Transat retour (3) – pause technique

– Mercredi 6 juin – 1777 miles (114)
Et bien non, ce n’était pas fini….. En regardant bien les fichiers météo (je n’ai que des sources d’information limitées, ils sont partiels), j’ai l’impression qu’il y avait en fait 2 dépressions l’une derrière l’autre dans mon nord à se suivre (même pas 24h d’intervalle). En tous cas, j’ai eu droits à de sérieux grains cette nuit et j’y ai laissé le génois (grande voile d’avant)…. Trop de vent, je dormais, je n’ai pas pu le rentrer et il a beaucoup « fasseillé », il n’a pas apprécié. Pas sûr qu’il soit réparable… Le grain m’a surpris pendant mon sommeil et j’ai eu droit à plus de 40 noeuds pendant 10 minutes. Heureusement, j’ai une trinquette assez grande et il n’y aura sans doute pas beaucoup de près par petit temps donc je vais pouvoir continuer comme ça. Lire la suite

Transat retour (2)

– Dimanche 3 juin – 28°28’08 »N 73°43’00 »W – reste 2198 miles (soit 148 miles sur 24h)
Depuis hier soir, ça file ! Ça y est, Callinago est bien installé dans le sud de la dépression et profite de vents de sud ouest de 14 à 20 nœuds ainsi que d’un petit courant. Ces deux facteurs permettent souvent de dépasser les 8 nœuds sur le fond. Sous spi, quasi « plein cul » avec un peu de houle mais pas trop, sous le soleil, on est pas mal pour l’instant et ça devrait durer un peu:-). Lire la suite

Transat retour (1)

– Jeudi 31mai – 25°04’33 »N 77°18’45 »W – reste 2468 miles en route directe
Il est 10 heures quand je quitte Aline et les enfants à l’aéroport. Un moment pas forcément évident pour les parents mais très joyeux pour les enfants qui sont assez excités à l’idée de prendre l’avion pour la première fois et de rentrer chez eux retrouver grands-parents, cousins et amis. Je ramène la voiture de location, prends une dernière météo et quitte sans regret le port de Nassau et cette île de New Providence qui sépare riches américains en vacances et locaux avec des grilles métalliques et une armée privée (une bonne proportion des locaux travaillant dans la sécurité). Lire la suite

Dernières escales à Cuba…

DSC03784 (1024x225).jpg
Place de la révolution – la Havane

Los Moros

Dernier bord de portant en partant de Maria La Gorda, un coup de spi bien paisible, et il faut contourner la pointe de los Cayuelos et piquer vers le nord. Nous passons là notre point le plus ouest du périple, el Cabo San Antonio. A présent, on se rapprochera de notre destination en faisant route vers l’est. Par ici, ça veut aussi dire se prendre le vent dans le nez, ce qui n’est pas toujours plaisant en bateau à voile. Et assez vite, on ressent les effets du vent plus fort (notre vent vitesse s’ajoute au vent vrai), les vagues sont prises de face. Bref, moins on fait du près, mieux on se porte. D’ailleurs la voile d’avant de Bellorc’h ne résiste pas à ce bord et décroche au niveau de la drisse, attache à recoudre. De notre côté, ça penche fort et on slalome dans parfois 4 ou 5 m de fond, ce qui met les nerfs à l’épreuve. Mais nous arrivons à bon port à la marina de Los Moros, en se disant certes que ça ne fait que commencer, et en demandant s’il y a des bus pour la Havane :o) La marina se limite à un bout de ponton auquel, Ô bonheur, nous avons accès. Par contre pour les bus, on repassera pour ce plan B, car on se trouve à 100 km de la ville la plus proche, au cœur d’un parc naturel immense. Le marinero Abel est très sympathique, au moins on a de l’eau et de l’internet, tout n’est pas perdu ! Lire la suite